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BEN ARFA TAHAR
02-02-2008, 23:00
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http://www.larevuedegypte.com/article.aspx?ArticleID=3189

Mémoires vivantes
A l’heure du gramophone, la chanteuse Naima El-Masreya marqua son époque par sa trempe et son talent. Récit d’une résurrection.

Nous sommes en 1911. Zeinab Mohamed Idris Sallam a 17ans. La jeune fille vient de quitter la maison du Vieux-Caire où elle vivait avec son père, sa mère, son mari et sa fille, et s’est installée chez un parent dans le quartier de Sayeda Zeinab. Par cet acte, elle a bravé les interdits familiaux et de la société, car elle a un projet: chanter. Envoûté par sa voix, un musicien logeant dans le même imxmeuble lui propose de cultiver ce don en compagnie de la chanteuse syrienne El-Chameya. A la veille de la Première Guerre mondiale, Zeinab quitte son pays cette fois. Direction Alep. Elle y restera un an et demi. Au terme de son apprentissage, comxmence pour celle qui va devenir Naima El-Masreya (Naima l’Egyptienne) une carrière musicale jalonnée de collaborations avec les compositeurs les plus talentueux de son époque, d’enregistrements, de concerts et de tournées dans son pays, mais aussi en Palestine, en Syrie, au Liban et en Irak.

Avec le XXesiècle, vient de s’ouvrir une nouvelle ère musicale. Le gramophone et les compagnies de disques ont fait leur apparition, les femmes montent sur scène, et le nationalisme égyptien émergent trouve un terrain d’expression dans le domaine artistique. Femme affranchie, de caractère, Naima El-Masreya incarne pleinement ce mouvement de rébellion, en rupture de ban avec une société prompte à condamner les transgressions. Dans les années20, au faîte de sa gloire, elle gérera et se produira dans la salle de spectacles Al-Hambra (aujourxd’hui le cinéma Cosmos), située rue Emad-Eddin, dans le quartier d’Azbekiya où étaient concentrés les cabarets, ces lieux dits «de mauvaise réputation». Avant que la récession ne mette un terme à cette époque.
L’esprit du blues
Nous sommes en 2004. Dans son
appartement à Dokki, Heba Farid déxpose un CD gravé sur la platine. Surxgissent quelques accords de oud, puis une voix profonde, empreinte de mélancolie, la voix d’une femme amoureuse en souffrance. La voix de Naima. Le temps d’un bref intermède, l’auditeur distingue quelques mots échangés de manière informelle entre la chanteuse et ses musiciens. «Plus j’écoute sa musique, et plus j’ai l’impression que son jeu de scène ressemble à celui de Billie Holiday : cette spontanéité, cette complicité avec les musiciens... Par son chant et par sa façon d’être, elle est très proche de l’esprit du blues.» Sur l’écran de l’ordinateur d’Heba les fenêtres s’ouvrent les unes après les autres, une vingtaine de clichés au ton sépia dessinent les contours d’une femme au port altier et au regard volontaire, entourée de plusieurs hommes peut-être ses musiciens lors d’une tournée au Liban ou en compagnie d’amies sur la plage d’Alexandrie.

Heba est l’arrière-petite-fille de Naima. Depuis quatre ans, la jeune vidéaste et photographe, en collaboration avec une douzaine de proches et d’experts en Egypte, au Moyen-Orient et en Europe, travaille sur un projet ambitieux: reconstituer le parcours personnel et artistique de son ancêtre. «L’idée m’est venue lorsque j’ai redécouvert sa musique, en 2000. Je suis allée à la bibliothèque de l’Opéra. Non seulement ils avaient entendu parler de Naima El-Masreya, mais ils avaient vingt-deux chansons d’elle enregistrées sur cassettes. Je ne savais même pas qu’elles existaient. Ce fut le choc!» Depuis plusieurs années déjà, Heba recueillait les souvenirs d’Aziza, la nièce de Naima, avec laquelle elle fut très proche : «Aziza me disait que Naima était une femme très respectée, ce qui contredisait ce que j’avais entendu jusqu’alors à son sujet. Bien que la société égyptienne apprécie la musique, si une fille disait à sa mère qu’elle voulait chanter, c’était une catastrophe dans la famille. Chanter était une honte ; cela commence un peu à changer aujourd’hui. La culture arabe tire une grande fierté de la protection de la femme, avec ses aspects positifs et négatifs. »
Si la mort d’Aziza en juin dernier a rompu ce lien privilégié avec une mémoire vivante, les investigations se poursuivent : 35enregistrements sonores originaux, 130titres de chansons, une centaine de photos, ainsi que des articles et interviews publiés dans la presse de l’époque ont déjà été sauvés de l’oubli. Si l’on devine dans ces recherches une quête des racines, la collecte de ces précieux matériaux a pour finalité de faire revivre et de partager un pan de la mémoire collective, avec comme objectifs la publication d’un livre illustré sur la chanteuse, la parution d’une collection de CD accompagnée d’une discoxgraphie complète et des paroles des chansons, ainsi que la réalisation d’un documentaire.

Et imaginer peut-être plus facilement, en passant devant le cinéma Cosmos, rue Emad-Eddin, qu’un jour Naima El-Masreya y fut applaudie, lors d’une «matinée», par un public de femmes .

Le site du projet : www.naima-project.org, contact : heba.farid@naima-project.org lr .....ÊÍíÇÊì ááÌãíÚ Èä ÚÑÝÉ

ÃÈæ ÚáÇÁ
04-02-2008, 03:05
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